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Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/25

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— Je suppose que les gens y sont meilleurs, il n’y en a pas de semblables à ceux de là-bas.

— Il y en a beaucoup de bons, là-bas, dit-elle.

— Je me suis occupé des Menschoff, reprit Nekludoff, et j’espère qu’on les mettra en liberté.

— Que Dieu fasse ! c’est une si brave vieille, dit-elle en répétant une seconde fois la qualification qu’elle venait de donner à la vieille femme et sourit faiblement.

— Je pars bientôt à Saint-Pétersbourg. Votre affaire passera sous peu et j’espère que l’arrêt en sera révoqué.

— Qu’il le soit ou non, maintenant ça m’est égal, dit-elle. »

Toute la vigueur de l’image que Tolstoï nous fait de l’intéressante figure de Catherine Maslow est justement dans ce que son acquittement n’apporterait moralement aucun changement à sa position.

Ni le procureur exigeant la condamnation de l’accusé, ni le défenseur réclamant son acquittement, ni le tribunal le condamnant ou l’acquittant, personne ne faisant ce qu’il serait réellement nécessaire de faire soit pour sauver le malheureux de sa perte soit pour garantir la société : voilà l’impression que produit sur Tolstoï le tableau du tribunal, voilà ce « quelque chose » que sentait Nekludoff, que Tolstoï voit dans l’œuvre du tribunal et dans l’application du châtiment, et ce que les autres ne voient pas.