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si fraîche et propre et si vernie (je ne dirai pas si ces adjectifs s’appliquent à jeune fille ou à enfance), mon enfance…

Ainsi tous ces gens ont vécu, travaillé, acheté et vendu à un maigre salaire, fermé le soir dans l’ordre leurs volets, et payé au jour leurs impôts, déroulé le même coupon de drap, allongé sans fin le même lacet, pour soutenir, jusqu’au jour où je reviendrais, le premier décor de ma vie !… Seul l’horloger a changé de trottoir et pris la boutique d’en face ; et cela me gêne un peu, comme un bracelet-montre attaché au mauvais bras… Ainsi la guerre, qui tout ruine, les empêchant de passer à leurs fils et gendres leurs tâches, a, pour mon seul bénéfice, prolongé de cinq ans la vie d’un reflet, d’un écho… Or, aujourd’hui ma jeunesse a juste dix-sept ans, comme les eut mon enfance, le jour où je partis d’ici ; cette tristesse en moi, c’est une mère et une fille, du même âge, qui s’étreignent… Toutes deux d’aujourd’hui m’abandonnent,