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les barbiers aux vieux savants chauves. Voici que les bouchers sont à la fois gonflés dégraisse et tout ridés. Voici que les pâtissiers — comme leurs gâteaux sont petits ! — s’éloignent de soixante ans de l’âge où ils aimaient les gâteaux. Voici que les pharmaciens vont mourir, regrettés de leurs médecins. Voici l’âge où je rends au temps ceux qui, les premiers, m’ont fourni le pain, les livres, l’heure… Tous leurs noms inscrits sur les vitres des boutiques vont bientôt monter d’une ligne, laisser leur place au nom du successeur, monter comme un rouleau de pianola, et disparaître… Seuls les fruitiers sont jeunes ; seuls ils renaissent à chaque saison ; seules les poires, les pèches, les bananes sont vendues comme autrefois par une toute jeune fille, que le patron embauche à seize ans et loue à dix-sept aux hôtels, et cette fillette, dix-huit fois remplacée, est la seule que je retrouve intacte. La voilà qui me pèse des cerises, sans se douter qu’elle me revend,