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café près de la gare, mais je porte le Falconnet et le Natoire, j’évite chaque bousculade, je laisse une marge à chaque maison, chaque passant, je tourne avec autant de précaution autour des places et des statues de Châteauroux qu’autour des souvenirs leurs images. J’achète des cartes postales. J’achète l’Avenir de l’Indre. (Vous qui me lisez, prenez garde. Vous savez ce qui arrive quand je débute ainsi par petites phrases… Vous savez qu’en moi s’agite ce vocatif que mes maîtres de grec m’ont transmis et qui vit en moi comme un asthme, que le moment n’est pas loin où je vais adresser la parole à un arbre même, à un passant, à une ville… Je me contiens… je me contiens…)

Ô Châteauroux, ville la plus laide de France, ô cher passant si laid aussi, ô tilleuls sur lesquels sont gravés les premiers prénoms que j’aie jamais entendus, ô mur derrière ce terrain vague, mur si banal, et que je reconnaîtrais en Chine ! Ô Châteauroux, pour la première fois je connais de toi d’autres rues