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pas, le jour de mon mariage, une robe dessinée par vous ; je ne m’étendrai pas dans ce lit dont vous aviez fait le plan ; je ne regarderai pas avec vous, d’un balcon, cet horizon de Florence dont vous m’avez, un jour, tracé la ligne au crayon, ni même celui de Rome, plus beau, que vous avez dessiné à l’encre, ni cette troisième ville non plus dont j’ai oublié le nom, la plus belle, à la sépia. Je n’aurai pas constamment d’un de mes objets, d’un de mes enfants, ces croquis qui, pour moi, les redressent et les corrigent, car vous peignez toujours debout et vous êtes plus haut que moi. Je ne cueillerai jamais ces grosses châtaignes de Russie dont vous m’avez dessiné les coques. Je ne verrai plus de peintres… ni vous, ni vos amis. Je vais vivre désormais sans être vue, j’épouse un ingénieur. Quelquefois, de loin en loin, d’un œil fugitif, de votre œil, je regarderai ce que je pourrai voir de moi mes genoux, mes mains…