Page:Giraudoux - Adorable Clio.djvu/61

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ami, une image jeune. Et les réponses nous perçaient ou caressaient comme un feu de lentille. Tous deux vêtus à nouveau de chemises raides de lycéen, tous deux anonymes, rasés de frais, épurés aussi par le mal, nous étions aussi nets et miroitants qu’il faut l’être pour se renvoyer des souvenirs. À ce monde, à ce présent nous appartenions aussi peu que possible, et l’on entendait juste les bruits que fait la terre quand le temps suspend son cours : les vraies glaces sur les commodes craquer, les infirmiers américains poser des tasses sur le pavé du couloir, les infirmières les écraser… Dans ce même lit où les enfants berrichons ambitieux s’étendent tout droits et dorment tendus sur je ne sais quel méridien, voilà que nous retrouvions, cette fois, le passé ; un passé que nous nous entendions à ne pas détruire, à garder intact en ne prononçant pas le nom d’un nouvel ami, à ne pas décolorer en disant le nom d’une nouvelle ville ; en n’y mêlant rien des seize autres