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… Si j’ai changé ? Dis-moi d’abord un peu comment j’étais, à seize ans. Donne-moi un peu de mes nouvelles. Je n’ai ni photos, ni lettres de ce temps-là et tu es, — avec moi, que je ne crois pas, — le seul témoin que je rencontrerai jamais.


Cher Pavel.

Comment tu étais fait ? Te rappelles-tu ce bal masqué où Julia von Lilienkron me confia son collier pour une semaine. Ce soir-là je revins seul ; ce collier, à moi, me donnait l’humeur vagabonde ; j’avais un peu pressé Julia sur mon cœur, et pendant qu’elle dansait ses pyrrhiques avec la marque imprimée de toutes ses perles autour de sa gorge comme si on l’avait retirée à temps, par ses pieds nus, déjà mordillée, de la mâchoire d’un monstre, je longeai l’Isaar, les balustrades du Maximilianeum, et tout chemin enfin qui me laissait un côté libre. Je rentrai ; je déposai le collier sur mon bureau, dans une boîte de verre. La lune