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d’une foule encore indistincte, la traduction qui m’en donnerait au passage une automobile américaine, un bataillon portugais. Pour la première fois tous les saluts que je recevais étaient les mêmes que les miens. Au lieu des corps opaques en Europe — Siamois, Indous, — qui me renvoyaient rudement mes regards, des artilleurs français, la capote entr’ouverte, des fantassins, sous un sac dont je connaissais les moindres objets, l’épaisseur des moindres vêtements, tous ces gens pour moi transparents, et à travers lesquels — l’auto allait vite — je pouvais au besoin suivre le paysage. Je ne voyais plus le visage composite de la guerre, mais pour la première fois ses traits nets et simples, et, amis, elle ressemblait à la paix.

C’était l’après-midi. L’auto donnait dans l’épaisse chaleur la buée que font les hommes dans le froid. C’était juillet, où l’ombre est chaude comme une couverture. Pas de vent. Autour du soleil naissait parfois, pour disparaître, une fumée… comme si le soleil