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sans avancer, ni revenir… On monte vers Fontenoy… Tout est simple : chaque trace, chaque cri devant nous est maintenant un pas, une parole d’allemand. Guerre d’écoliers, enfantine et terrible. On se cache derrière des murs ; on entend crier : « Achevez-moi. » On entend de la même voix : « Non ! Non ! » On n’entend plus rien… Un blessé se met nu jusqu’à la ceinture, et court, comme un plongeur, vers la Paix. Fontenoy est pris. J’entre dans une boutique avec deux prisonniers, je m’assieds, je m’éveille, je les vois qui me regardent, pacifiques, et l’un a cinq alliances au doigt, celles des amis mariés qu’il a déjà perdus. Il me supplie. Il voudrait celle de son lieutenant qu’on voit par la fenêtre… Il n’y aurait pas à sortir, il croit qu’en se penchant… Le matin arrive… je leur fais enlever les volets de la devanture, et notre commerce recommence…

Voici une heure sans poids, insignifiante… La nuit est ronde et transparente, et les