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une aiguille, toute droite, comme si elle brûlait aussi. Tous nos pantalons rouges étaient séparés en deux jambes, l’une de l’autre indépendantes ?… Celui qui avait du fil rouge nous l’abandonnait. Tant pis s’il manquait de fil rouge pour le reste de la guerre ! Du fil rouge, oh ! il s’en fichait… Drigeard cousait, tout en avançant dans les guérets, comme une bergère… Nous nous aimions…

Soudain tout était colère, amertume. Celui qui sur sa route trouvait un arbre ne se détournait pas, l’appelait sale arbre, le frappait, et avec des armes, d’un coup de baïonnette, d’un coup de crosse. Celui qui avait sur son axe une flaque de boue, y entrait, injuriait la flaque, éclaboussait. Un cadavre de chien, de cheval ? On injuriait les chiens, les chevaux. — Qu’est-ce qu’il te dit, ton mort ? criait-on en ricanant à celui qui se penchait sur un mort, — Mon mort me dit de te dire… ! Drigeard laissait traîner derrière lui l’écheveau de fil rouge