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d’une main égale. Pour la première fois, quand nous tournons le dos aux cloîtres, mon ombre n’est pas une petite ombre entre les leurs. Pour la première fois je réponds à leurs paroles par des paroles égales, et mes mots ont le poids vérifié par les hommes. De cet enfant dont je suis venu chercher des nouvelles, perdu pour moi — de moi — ils me parlent avec égard, comme de mon fils : il était soigneux de ses livres, il ne mentait pas… Leurs fils à eux aussi sont tués ; toujours graves, toujours vêtus de redingotes, coiffés de chapeaux de soie, ils n’ont pas eu le jour de leur deuil à changer une ride, une cravate. Ils n’ont eu qu’à hocher la tête.

Il est l’heure de regagner l’hôtel. Un coq, si jamais coq s’est trompé c’est ce coq-là, chante… Le proviseur m’accompagne à la porte, il l’ouvre lui-même et me relâche, cette fois en ôtant son chapeau, pour la seconde fois.

— Adieu, mon enfant, me dit-il comme à tous, par habitude.