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ces obscurs théologiens de l’Italie n’avaient ni troupes pour soutenir leurs opinions, ni trésors pour acheter des partisans, ni éloquence pour faire des prosélytes ; et j’ignore par quelle adresse ils purent déterminer le superbe empereur des Grecs à abjurer le catéchisme de son enfance, et à persécuter la religion de ses aïeux. Peut-être les moines et le peuple de Constantinople[1] favorisaient-ils la doctrine du concile de Latran, qui est en effet la moins raisonnable des deux ; ce soupçon est autorisé par la modération peu naturelle du clergé grec, qui, dans cette querelle, parut sentir sa faiblesse. Tandis que le synode discutait la question, un fanatique proposa un expédient plus court, celui de ressusciter un mort ; les prélats assistèrent à l’expérience : mais l’unanimité avec laquelle on reconnut que le miracle avait manqué, put servir à prouver que les passions et les préjugés de la multitude n’étaient pas du parti des monothélites. Sous la génération suivante, lorsque le fils de Constantin fut déposé et mis à mort par le disciple de Macaire, ils goûtèrent le plaisir de la vengeance et de la domination : le simu-

  1. Constans, attaché à la doctrine des monothélites, était haï de tous δια τοι ταυτα (dit Théophane, Chron., p. 292) εμισισθη σφοδρα παρα παντων. Lorsque le moine monothélite échoua dans le miracle qu’il avait entrepris, le peuple s’écria : ο λαος ανεβοησε (Concil., tom. VII, p. 1032) ; mais ce fut une émotion naturelle et passagère, et je crains beaucoup que la dernière n’ait été une anticipation d’orthodoxie dans le bon peuple de Constantinople.