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auraient peut-être fait triompher la cause de la raison et de l’humanité ; mais leur chef était captif et au pouvoir de l’ennemi ; le trône de saint Pierre, déshonoré par la simonie, fut trahi par la lâcheté de Vigile, qui, après une lutte longue et inconséquente, se soumit au despotisme de Justinien et aux sophismes des Grecs. Son apostasie excita l’indignation des Latins, et on ne trouva que deux évêques qui voulussent ordonner Pelage, son diacre et son successeur. Cependant la persévérance des papes transféra peu à peu, à leurs adversaires, la dénomination de schismatiques : les puissances civile et ecclésiastique, aidées de la force militaire, opprimaient, non sans effort, les églises d’Illyrie, d’Afrique et d’Italie[1] : éloignés du siége de l’empire, les Barbares suivaient la doctrine du Vatican, et, en moins d’un siècle, le schisme des trois chapitres expira dans un canton obscur de la province Vénétienne[2] ; mais le mé-

  1. Voyez les plaintes de Liberatus et de Victor, et les exhortations du pape Pelage au vainqueur et à l’exarque de l’Italie. Schisma per potestates publicas opprimatur, etc. (Concil., tom. VI, p. 467, etc.) On gardait une armée pour étouffer la sédition d’une ville d’Illyrie. Voy. Procope (De bell. goth., l. IV, c. 25) : ων περ ενεκα σφισιν αντοις οι Χριςιανοι διαμαχονται. Il semble promettre une histoire de l’Église ; elle eût été curieuse et impartiale.
  2. Le pape Honorius réconcilia avec l’Église (A. D. 638) les évêques du patriarchat d’Aquilée (Muratori, Ann. d’Ital., t. V, p. 376), mais ils retombèrent ; et ce schisme ne s’éteignit définitivement qu’en 698. Quatorze années auparavant, l’Église d’Espagne avait dédaigné en silence de se sou-