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était devenu la pâture des vers : son âme, dont il avait enseigné la préexistence, était entre les mains de son Créateur ; mais les moines de la Palestine lisaient avidement ses écrits. L’œil perçant de Justinien y aperçut plus de dix erreurs de métaphysique, et, de compagnie avec Pythagore et Platon, le docteur de la primitive Église fut dévoué par le clergé à l’éternité du feu de l’enfer, dont il avait osé nier l’existence. Sous le masque de cette condamnation, on portait un coup perfide au concile de Chalcédoine. Les pères avaient entendu, sans impatience, l’éloge de Théodore de Mopsueste[1], et leur justice ou leur indulgence avait rendu la communion des fidèles à Théodoret de Cyrrhe et à Ibas d’Édesse ; mais le nom de ces évêques de l’Orient était entaché du reproche d’hérésie. Le premier avait été le maître de Nestorius, et les deux autres étaient les amis de cet hérétique ; les passages les plus suspects de leurs écrits furent dénoncés sous le titre des trois chapitres, et la flétrissure imprimée à leur mémoire compromettait nécessairement l’honneur d’un concile dont le monde catholique prononçait le nom avec respect,

  1. Basnage (Præf. p. 11-14, ad t. I, Antiq. Lect. Canis.) a très-bien balancé le crime ou l’innocence de Théodore de Mopsueste : s’il composa dix mille volumes, la charité exige qu’on lui passe dix mille erreurs. Il se trouve, sans ses deux confrères, dans les Catalogues d’hérésiarques qu’on a formés après lui ; et Asseman. (Bibl. orient., t. IV, p. 203-207) ne manque pas à l’obligation où il est de justifier ce décret.