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couvrit de cendres une province fertile qu’elle convertit en un affreux désert. Mais, dans le symbole de Justinien, on pouvait sans crime égorger les mécréans, et il employa pieusement le fer et la flamme pour établir l’unité de la foi chrétienne[1].

Son orthodoxie.

Avec de pareils sentimens, il fallait du moins avoir toujours raison. Durant les premières années de son administration, il signala son zèle en qualité de disciple et de protecteur de la foi orthodoxe. La réconciliation des Grecs et des Latins fit, du Tome de saint Léon, le symbole de l’empereur et de l’empire ; les nestoriens et les eutychiens étaient, des deux côtés, en proie au glaive à double tranchant de la persécution ; et les quatre conciles de Nicée, de Constantinople, d’Éphèse et de Chalcédoine, furent ratifiés par le code d’un législateur catholique[2] ; mais tandis que Justinien ne négligeait rien pour maintenir l’uniformité de la foi et du culte, sa femme Théodora, dont les vices ne se trouvaient point incompatibles avec la dévotion, avait écouté les prédications monophysites, et les ennemis publics ou secrets de l’Église se ranimèrent et se multiplièrent sous la

  1. Les expressions de Procope sont remarquables : ο‍υ γαρ οι εδοκει φονος ανθρωπον ειναι, ην γε μητης αυτω δοξην οι τελευτωντες τυκοιεν οντες. (Anecdot., c. 13.)
  2. Voy. la Chronique de Victor, p. 328, et le témoignage original des Lois de Justinien. Durant les premières années du règne de Justinien, Baronius est de très-bonne humeur avec l’empereur, qui caressa les papes jusqu’au moment où il les tint sous son pouvoir.