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drapeaux des gardes furent déposés dans le Forum de Constantin, qui se trouvait être le poste et le camp principal des fidèles. Ceux-ci passaient les jours et les nuits à chanter des hymnes en l’honneur de leur Dieu, ou à piller et à tuer les serviteurs de leur prince. La tête d’un moine qu’aimait Anastase, et selon le langage des fanatiques, l’ami de l’ennemi de la sainte Trinité, fut portée dans les rues au haut d’une pique ; et les torches enflammées jetées contre les bâtimens des hérétiques, répandirent indistinctement l’incendie sur les édifices des plus orthodoxes. On brisa les statues de l’empereur ; Anastase alla se cacher dans un faubourg, jusqu’à ce qu’enfin, au bout de trois jours, il osât implorer la clémence de ses sujets. Il parut sur le trône du Cirque sans diadème et dans la posture d’un suppliant. Les catholiques récitèrent devant lui leur Trisagion primitif et original ; ils reçurent avec des cris de triomphe l’offre qu’il leur fit, par la voix d’un héraut, d’abdiquer la pourpre : cependant ils se rendirent à l’observation qui leur fut faite que tous ne pouvant régner, ils devaient, avant cette abdication, s’accorder sur le choix d’un souverain ; et ils acceptèrent le sang de deux ministres haïs du peuple, que leur maître, sans balancer, condamna aux lions. Ces séditions furieuses, mais passagères, étaient encouragées par les succès de Vitalien, qui avec une armée de Huns et de Bulgares, idolâtres pour la plupart, se déclara le champion de la foi catholique : les suites de cette pieuse rebellion furent la dépopulation de la Thrace, le siége de