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assiégé dans sa cathédrale, et tué dans le baptistaire. On livra aux flammes le reste de son corps mutilé, et ses cendres furent jetées au vent : ce meurtre fut inspiré par l’apparition d’un prétendu ange, fourberie inventée par un moine ambitieux, qui, sous le nom de Timothée le Chat[1], succéda à la dignité et aux opinions de Dioscore. L’usage des représailles envenima des deux côtés cette cruelle superstition ; une dispute métaphysique coûta la vie à des milliers d’hommes[2], et les chrétiens de toutes les classes furent privés des jouissances de la vie sociale et des dons invisibles du baptême et de la sainte communion. Ils nous reste de ce temps-là un conte extravagant, qui renferme peut-être une peinture allégorique des fanatiques qui se tourmentaient les uns les autres et se déchiraient eux-mêmes. « Sous le consulat de Venantius et de Céler, dit un grave évêque, les habitans d’Alexandrie et de toute l’Égypte furent attaqués d’une étrange et diabolique frénésie ; les grands et les petits, les esclaves et les hommes libres, les moines et le clergé, tous ceux enfin qui s’opposaient au concile de Chalcédoine, perdirent

  1. On le surnommait Αιλο‍υρος, d’après ses expéditions nocturnes. Au milieu des ténèbres, et revêtu d’un déguisement, il se glissait autour des cellules du monastère, et adressait à ses confrères endormis des paroles qu’on prenait pour des révélations. (Théodor. Lector, l. I.)
  2. Φονο‍υς τε τολμηθηναι μυριο‍υς, αιματων πληθει μολυνθηναι μη μονον την γην αλλα και αυτον τον αερα. Tel est le langage hyperbolique de l’Hénoticon.