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d’eulogies et de bénédictions, on paya les courtisans des deux sexes, chacun selon la mesure de son pouvoir ou de sa capacité. Les nouvelles demandes qu’ils formaient chaque jour eurent bientôt dépouillé les sanctuaires des églises de Constantinople et d’Alexandrie, et l’autorité du patriarche ne put imposer silence aux murmures de son clergé, indigné qu’on eût déjà contracté une dette de soixante mille livres sterling pour soutenir les frais d’une corruption scandaleuse[1]. Pulchérie, qui soulageait son frère du fardeau du gouvernement, était le plus ferme appui de la foi orthodoxe ; et les foudres du synode étaient si bien secondés par les secrets manéges de la cour, que Cyrille eut la certitude de réussir, s’il parvenait à déplacer l’eunuque en faveur pour en substituer un autre à sa place. Cependant il ne put se vanter d’une victoire glorieuse et décisive. L’empereur montrait en cette occasion une fermeté qu’on ne lui avait jamais vue ; il avait promis de protéger l’innocence des évêques d’Orient, et il tenait à sa parole : Cyrille fut

  1. Clerici qui hic sunt contristantur, quod ecclesia Alexandrina nudata sit hujus causâ turbelæ : et debet præter illa quæ hinc transmissa sint auri libras mille quingentas. Et nunc ei scriptum est ut præstet ; sed de tuâ acclesiâ præsta avaritiæ quorum nostri. etc. Cette lettre originale et curieuse de l’archidiacre de saint Cyrille à sa créature, le nouvel évêque de Constantinople, s’est conservée sans qu’on puisse dire par quel hasard, dans une ancienne version latine. (Synodicon, c. 203, Concil., t. IV, pages 465-468.) Le masque est presque tombé ; et les saints parlent ici le langage de l’intérêt et de l’intrigue.