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rence de la modestie. Auguste, à la tête de ses légions victorieuses, donnant des lois sur la terre et sur la mer, depuis le Nil et l’Euphrate jusqu’à l’Océan Atlantique, se disait le serviteur de l’état et l’égal de ses concitoyens. Le vainqueur de Rome et des provinces se soumettait aux formes attachées aux fonctions légales et populaires de censeur, de consul et de tribun. Sa volonté faisait la loi du monde ; mais pour publier cette loi, il empruntait la voix du sénat et du peuple : c’était d’eux que leur maître recevait le renouvellement des pouvoirs temporaires qu’il en avait reçus pour administrer la république. Dans ses vêtemens, dans l’intérieur de sa maison domestique[1], dans ses titres, dans toutes les fonctions de la vie sociale, Auguste conserva les manières d’un simple particulier, et ses adroits flatteurs respectèrent le secret de sa monarchie absolue et perpétuelle.


FIN DU TOME NEUVIÈME.
  1. On a retrouvé six mille urnes servant aux esclaves et aux affranchis d’Auguste et de Livie. La division des emplois était si multipliée, que tel esclave n’avait d’autre fonction que celle de peser la laine que filaient les servantes de Livie, qu’un autre était chargé du soin de son chien, etc. (Camere Sepolcrali, etc., par Bianchini. Voyez aussi l’extrait de son ouvrage dans la Bibl. italique, t. IV, p. 175, et son Éloge par Fontenelle, tom. VI, p. 356.) Mais ces serviteurs avaient tous le même rang, et peut-être n’étaient-ils pas plus nombreux que ceux de Pollion ou de Lentulus. Ils prouvent seulement la richesse générale de la ville de Rome.