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Luxembourg et de Schwartzembourg : l’empereur Henri VII obtint pour son fils la couronne de Bohême, et Charles IV, son petit-fils, reçut le jour chez un peuple que les Allemands eux-mêmes traitaient d’étranger, de Barbare[1]. Après l’excommunication de Louis de Bavière, les papes, qui malgré leur exil ou leur captivité dans le comté d’Avignon, affectaient de disposer des royaumes de la terre, lui donnèrent ou lui promirent l’empire, alors vacant. La mort de ses compétiteurs lui procura les voix du collége électoral, et il fut unanimement reconnu roi des Romains et futur empereur, titre qu’on prostituait aux Césars de la Germanie et à ceux de la Grèce. L’empereur d’Allemagne n’était que le magistrat électif et sans pouvoir d’une aristocratie de princes qui ne lui avaient pas laissé un village dont il pût se dire le maître. Sa plus belle prérogative était le droit de présider le sénat de la nation, assemblé d’après ses lettres de convocation, et d’y proposer les sujets de délibération ; et son royaume de Bohême, moins opulent que la ville de Nuremberg, située aux environs, formait la base la plus solide de son pouvoir et la source la plus riche de son revenu.

  1. Cependant, Charles IV personnellement ne doit pas être regardé comme un Barbare. Après avoir été élevé à Paris, il reprit l’usage du bohémien, sa langue naturelle, et il parlait et écrivait avec la même facilité, le français, le latin, l’italien et l’allemand. (Struve, p. 615, 616.) Pétrarque en parle toujours comme d’un prince poli et éclairé.