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L’agriculture et le commerce se ranimèrent peu à peu ; la présence du danger entretenait le caractère guerrier des Lombards, et dès qu’on sonnait le tocsin ou qu’on arborait le drapeau[1], les portes de la ville répandaient au dehors une troupe nombreuse et intrépide dont le zèle patriotique se laissa bientôt diriger par la science de la guerre et les règles de la discipline. L’orgueil des Césars se brisa contre ces remparts populaires, et l’invincible génie de la liberté triompha des deux Frédéric, les deux plus grands princes du moyen âge : le premier plus grand peut-être par ses exploits militaires, mais le second, doué certainement à un degré bien supérieur des lumières et des vertus qui conviennent à la paix.

Frédéric Ier. A. D. 1152-1190.

Frédéric Ier, ambitieux de rétablir la pourpre dans tout son éclat, envahit les républiques de la Lombardie avec l’adresse d’un homme d’état, la valeur d’un soldat et la cruauté d’un tyran. La découverte des Pandectes, retrouvées depuis peu, avait renouvelé une science très-favorable au despotisme, et des jurisconsultes vendus déclarèrent l’empereur maître absolu de la vie et de la propriété de ses sujets. La diète de Roncaglia reconnut ses prérogatives royales dans un sens moins odieux ; le revenu de l’Italie

  1. Les Lombards inventèrent le carocium, étendard placé sur un chariot attelé de bœufs. (Ducange, tom. II, p. 194, 195 ; Muratori, Antiquit., tom. II, Dissertat. 26, p. 489-493.)