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monnaie, du tribunal, des édits de ces princes et de la justice exécutive que, jusqu’au treizième siècle, le préfet de la ville exerça en vertu des pouvoirs qu’il recevait des Césars[1] ; mais enfin cette souveraineté des empereurs fut détruite par les artifices des papes et la violence du peuple. Les successeurs de Charlemagne, contens des titres d’Empereur et d’Auguste, négligèrent de maintenir cette juridiction locale ; dans les temps de prospérité, des objets plus séduisans occupaient leur ambition, et lors de la décadence et de la division de l’empire, leur attention fut entièrement absorbée par le soin de défendre leurs provinces héréditaires. [Révolte d’Albéric. A. D. 992.]Au milieu des désordres de l’Italie, la fameuse Marozia détermina un des usurpateurs à devenir son troisième mari, et sa faction introduisit Hugues, roi de Bourgogne, dans le môle d’Adrien, ou château Saint-Ange, qui domine le pont principal et l’une des entrées de Rome. Son fils Albéric, qu’elle avait eu d’un de ses premiers maris, fut contraint de servir au banquet nuptial : irrité de la répugnance visible avec laquelle il s’acquittait de ses fonctions, son beau-père le frappa. Ce coup produisit une révolution. « Romains ! s’écria le jeune homme, vous étiez jadis les maîtres du monde, et ces Bourguignons étaient alors les plus abjects de vos esclaves. Ils règnent maintenant, ces

  1. Voy. la Dissertation de Le Blanc à la fin de son Traité des Monnaies de France, où il fait connaître quelques monnaies romaines des empereurs français.