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pesse[1]. Un bâtard de Marozia, un de ses petits-fils et un de ses arrière-petits-fils, descendant du bâtard (singulière généalogie), montèrent sur le trône de saint Pierre ; et ce fut à l’âge de dix-neuf ans que le second d’entre eux devint le chef de l’Église latine. La maturité de son âge répondit à ce qu’on avait dû attendre de sa jeunesse ; et la foule des pèlerins qui venaient visiter Rome, pouvait attester la vérité des accusations qu’on forma contre lui dans un synode romain et en présence d’Othon-le-Grand. Après avoir renoncé à l’habit et aux bienséances de son état, le pape Jean XI, en sa qualité de soldat, pouvait n’être pas déshonoré par ses excès de boisson, ses meurtres, ses incendies, son goût effréné pour le jeu et pour la chasse : ses actes publics de simonie pouvaient être la suite de sa détresse ; et supposé qu’il ait, comme on le dit, invoqué Jupiter et Vénus, ce put n’être

    saint Pierre, il aurait pu se livrer à l’amour, et il aurait été malheureux, mais non pas impossible, qu’il accouchât au milieu de la rue.

  1. Jusqu’à la réformation on répéta et on crut ce conte, sans que personne en fût révolté ; et la statue de la papesse Jeanne se trouva long-temps parmi celles des papes dans la cathédrale de Sienne (Pagi, Critica, t. III, p. 624-626). Ce roman a été bien anéanti par deux protestans très-éclairés, Blondel et Bayle (Dictionnaire critique, articles PAPESSE, POLONUS, BLONDEL) ; mais leur parti fut scandalisé de cette critique équitable et généreuse. Spanheim et Lenfant essaient de maintenir ce misérable objet de controverse, et Mosheim lui-même veut bien encore conserver des doutes (p. 289).