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les Sarrasins. Après son expédition d’Espagne, son arrière-garde fut défaite dans les Pyrénées ; et ses soldats, qui voyaient leur situation sans remède, et leur valeur inutile, purent en mourant accuser le défaut d’habileté ou de circonspection de leur général[1]. C’est avec respect que je toucherai aux lois de Charlemagne, tant louées par un juge si respectable. Elles ne forment pas un système, mais une suite d’édits minutieux publiés selon les besoins du moment pour la correction des abus, la réforme des mœurs, l’économie de ses fermes, le soin de sa volaille et même la vente de ses œufs. Il voulait perfectionner la législation et le caractère des Français, et ses tentatives, malgré leur faiblesse et leur imperfection, méritent des éloges : il suspendit ou il adoucit par son administration les maux invétérés qui pesaient sur son siècle[2] ; mais dans ses institutions j’aperçois rarement les vues générales et l’immortel esprit d’un législateur qui se survit a lui-même pour le bonheur de la postérité. L’union et la sta-

  1. Le fameux Rutland, Roland, Orlando, fut tué dans cette action cum compluribus aliis. La vérité se trouve dans Éginhard (c. 9, Hist. de Charlemagne, p. 51-56), et la fable, dans un supplément ingénieux de M. Gaillard (t. III, p. 474). Les Espagnols sont trop fiers d’une victoire que les monumens historiques attribuent aux Gascons, et les Romains aux Sarrasins.
  2. Cependant Schmidt fait connaître, d’après les meilleures autorités, les désordres intérieurs et la tyrannie de son règne. (Hist. des Allemands, t. II, p. 45-49.)