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aimées, peuvent n’avoir pas eu de conséquences réellement funestes au bonheur public. À peine voudra-t-on me permettre d’accuser l’ambition d’un conquérant ; mais, dans un jour de rétributions, les fils de Carloman son frère, les princes mérovingiens d’Aquitaine, et les quatre mille cinq cents Saxons qu’il fit décapiter au même endroit, auraient bien quelque chose à reprocher à la justice et à l’humanité de Charlemagne. Le traitement qu’essuyèrent les Saxons[1] fut un abus du droit de la victoire. Ses lois ne furent pas moins sanguinaires que ses armes ; et dans l’examen de ses motifs, tout ce qu’on ne donne pas à la superstition doit s’imputer au caractère. Le sédentaire lecteur est étonné de l’activité infatigable de son esprit et de son corps ; et ses sujets

    lemagne, est, selon moi, assez réfuté par le probrum et le suspicio, jeté par lui sur ces belles filles, sans en excepter celle qu’on lui donne pour épouse (c. 19, p. 98-100, cum notis Schmincke) ; c’eût été pour un mari avoir l’âme trop forte que de remplir si bien les devoirs d’un historien.

  1. Outre les massacres et les transmigrations qu’essuyèrent les peuples de la Saxe, Charlemagne soumit à la peine de mort les crimes suivans : 1o. le refus du baptême ; 2o. ceux qui, pour éviter ce baptême, se diraient baptisés ; 3o. le retour à l’idolâtrie ; 4o. le meurtre d’un prêtre ou d’un évêque ; 5o. les sacrifices humains ; 6o. ceux qui mangeraient de la viande pendant le carême ; mais tous les crimes étaient expiés par le baptême ou par une pénitence (Gaillard, t. II, p. 241-247) ; les chrétiens Saxons devenaient les égaux et les amis des Français. (Struv., Corpus Hist. germanicæ, p. 133.)