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tuel ; mais la plupart des chrétiens de l’Église latine demeurèrent, à cet égard, fort en arrière dans la carrière de la superstition. [Répugnance des Francs et de Charlemagne. A. D. 794, etc.]Les Églises de France, d’Allemagne, d’Angleterre et d’Espagne, se frayèrent une route entre l’adoration et la destruction des images que ces peuples admirent dans leurs temples, non comme des objets de culte, mais comme des moyens propres à rappeler et à conserver le souvenir de quelques événemens qui intéressent la foi. On vit paraître, sous le nom de Charlemagne, un livre de controverse écrit du ton de la colère[1] ; un concile de trois cents évêques s’assembla à Francfort sous l’autorité de ce prince[2]. Ils blâmèrent la fureur des iconoclastes, mais ils censurèrent avec plus de sévérité la superstition des Grecs et les décrets de

  1. Nous voulons parler ici des Libri Carolini (Spanheim, p. 443-529), composés dans le palais ou les quartiers d’hiver de Charlemagne à Worms (A. D. 790), et envoyés par Engebert au pape Adrien Ier qui, en les recevant, écrivit une grandis et verbosa epistola. (Concil., t. VIII, p. 1553.) Ces Carolines proposent cent vingt objections contre le concile de Nicée, et voici des échantillons des fleurs de rhétorique qu’on y trouve : Dementiam priscæ gentilitatis… obsoletum errorem… argumenta insanissima et absurdissima… derisione dignas nænias, etc.
  2. Les assemblées que convoqua Charlemagne avaient rapport à l’administration ainsi qu’à l’Église ; et les trois cents membres (Nat. Alexander, sec. 8, p. 53) qui siégèrent et donnèrent leur voix à l’assemblée de Francfort, devaient comprendre non-seulement les évêques, mais les abbés et les principaux laïques.