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souvent enveloppés dans les filets de la politique sacerdotale. Le Vatican et le palais de Latran étaient un arsenal et une manufacture, qui, selon les occasions, produisaient ou recelaient une nombreuse collection d’actes vrais ou faux, corrompus ou suspects, favorables aux intérêts de l’Église romaine. Avant la fin du huitième siècle, quelque scribe du saint siége, peut-être le fameux Isidore, fabriqua les décrétales et la donation de Constantin, ces deux colonnes de la monarchie spirituelle et temporelle des papes. Cette donation mémorable fut mentionnée, pour la première fois, dans une lettre d’Adrien Ier, qui exhortait Charlemagne à imiter la libéralité du grand Constantin, et à faire revivre son nom[1]. Selon la légende, saint Silvestre, évêque de Rome, avait guéri de la lèpre, et purifié dans les eaux du baptême le premier des empereurs chrétiens ; jamais médecin n’avait été mieux récompensé. Le néophyte royal s’était éloigné de la résidence et du patrimoine de saint Pierre : il avait déclaré sa résolution de fonder

  1. Püssimo Constantino magno, per ejus largitatem S. R. Ecclesia elevata et exaltata est, et potestatem in his Hesperiæ partibus largiri dlgnatus est… Quia ecce novus Constantinus his temporibus, etc. (Cod. Carol., epist. 49, in t. III, part. II, p. 195). Pagi (Critica, A. D. 324, no 16) les attribue à un imposteur du huitième siècle, qui prit le nom de saint Isidore. C’est par ignorance, mais d’une manière assez heureuse, que de son humble titre de peccator on fit celui de mercator. Ces pièces supposées ont été en effet d’un bon débit, et peu de feuilles de papier ont été payées de tant de richesses et de pouvoir.