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être immolé à la sûreté publique ; qu’il fallait le déposer, le raser et l’enfermer dans un couvent pour le reste de ses jours. Une réponse si conforme au désir des Francs fut reçue par eux comme l’opinion d’un casuiste, l’arrêt d’un juge ou l’oracle d’un prophète : la race Mérovingienne disparut, et Pépin fut élevé sur le bouclier par un peuple libre, accoutumé à obéir à ses lois et à marcher sous son étendard. Il fut couronné deux fois avec la sanction de la cour de Rome ; la première, par le fidèle serviteur des papes, saint Boniface, apôtre de la Germanie, et la seconde, par les mains reconnaissantes d’Étienne III, qui, dans le monastère de Saint-Denis, plaça le diadème sur la tête de son bienfaiteur. On eut alors l’adresse d’y ajouter l’onction des rois d’Israël[1] : le successeur de saint Pierre s’arrogea les fonctions d’un ambassadeur de Dieu ; un chef germain devint, aux yeux des peuples, l’oint du Seigneur, et la vanité ainsi que la superstition contribuèrent à répandre cette cérémonie juive dans toute l’Europe moderne.

  1. Ce ne fut pas rigoureusement pour la première fois qu’on employa l’onction des rois d’Israël ; quoique sur un théâtre moins éclatant les évêques de la Bretagne et de l’Espagne l’avaient déjà employée aux sixième et septième siècles. L’onction royale de Constantinople fut empruntée des Latins à la dernière époque de l’empire. Constantin Manassès parle de celle de Charlemagne comme d’une cérémonie étrangère, juive et incompréhensible. Voyez les Titres d’honneur de Selden dans ses ouvrages, vol. 3, part. I, p. 234-249.