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pays une espèce de royauté subordonnée. Rome fut sommée de reconnaître pour son légitime souverain le Lombard victorieux ; on fixa la rançon de chaque citoyen à un tribut annuel d’une pièce d’or ; le glaive suspendu sur leur tête était prêt à punir leur désobéissance. Les Romains hésitèrent ; ils supplièrent, ils se plaignirent, et l’effet des menaces des Barbares fut arrêté par les armes et par les négociations, jusqu’à ce que le pape se fût ménagé au-delà des Alpes un allié et un vengeur[1].

Sa délivrance par Pépin. A. D. 754.

Dans sa détresse, Grégoire Ier avait imploré les secours du héros de son siècle, de Charles Martel, qui gouvernait la France avec le titre modeste de maire ou de duc, et qui, par sa victoire signalée sur les Sarrasins, avait sauvé son pays et peut-être l’Europe du joug des Musulmans. Charles reçut les ambassadeurs du pape avec le respect convenable ; mais l’importance de ses occupations et la courte durée de sa vie ne lui permirent de se mêler des affaires de l’Italie que par une médiation amicale et infructueuse. Son fils Pépin, héritier de son pouvoir et de ses vertus, se déclara le défenseur de l’Église ro-

  1. Le Codex Carolinus est un recueil de Lettres des papes à Charles Martel (qu’ils appellent Subregulus), à Pépin et à Charlemagne ; elles vont jusqu’à l’année 791, époque où le dernier de ces princes les recueillit. Le manuscrit original et authentique (Bibliothecæ Cubicularis) est aujourd’hui dans la Bibliothéque impériale de Vienne, et il a été publié par Lambecius et Muratori (Script. rer. Ital., t. III, part. II, 75, etc.)