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battit en effet avec acharnement. Les deux armées plièrent et s’avancèrent tour à tour : on vit un fantôme, on entendit une voix, et la certitude de la victoire rendit Ravenne victorieuse. Les soldats de l’empereur se retirèrent sur les vaisseaux ; mais la côte de la mer qui était très-peuplée détacha une multitude de chaloupes contre l’ennemi ; tant de sang se mêla dans les eaux du , que le peuple passa six années sans vouloir manger du poisson de ce fleuve ; et l’institution d’une fête annuelle consacra le culte des images et la haine du tyran grec. Au milieu du triomphe des armes catholiques, le pontife de Rome, voulant condamner l’hérésie des iconoclastes, assembla un concile de quatre-vingt-treize évêques. Il prononça, de leur aveu, une excommunication générale contre ceux qui, de paroles ou d’actions, attaqueraient la tradition des pères et les images des saints : ce décret comprenait tacitement l’empereur[1] ; cependant la résolution que l’on prit de lui adresser sans espoir de succès une dernière remontrance, semble prouver que l’anathème n’était

  1. Il est clair que les termes du décret comprenaient Léon, si quis… imaginum sacrarum… destructor… extiterit, sit extorris a corpore D. N. Jesu-Christi, vel totius Ecclesiæ unitate. C’est aux canonistes à décider s’il suffit du délit pour être assujetti à l’excommunication, ou s’il faut être nommé dans le décret. Et cette décision intéresse extrêmement la sûreté des excommuniés, puisque l’oracle (Gratien, Caus. 23, q. 5, c. 47, apud Spanheim, Hist. imag., p. 112) dit homicidas non esse qui excommunicatos trucidant.