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commission, un fils zélé n’épargnera point son coupable père ; que le successeur de saint Pierre a le droit de châtier les rois du monde. « Ô tyran ! ajoute-t-il, vous nous attaquez d’une main charnelle et armée : désarmés et nus comme nous le sommes, nous ne pouvons qu’employer Jésus-Christ, le prince de l’armée céleste, et le supplier de vous envoyer un diable pour la destruction de votre corps et le salut de votre âme : j’expédierai mes ordres à Rome, dites-vous avec une arrogance insensée ! je mettrai en pièces l’image de saint Pierre ; et Grégoire, ainsi que Martin, son prédécesseur, sera conduit chargé de chaînes au pied du trône impérial, pour y subir l’arrêt de son exil. Ah ! plût à Dieu qu’il me fût permis de marcher sur les traces de saint Martin ! Mais que le sort de Constans serve d’avis aux persécuteurs de l’Église. Lorsque le tyran eut été justement condamné par les évêques de la Sicile, tout couvert de péchés, il périt par la main d’un de ses domestiques : ce saint est encore adoré chez les peuples de la Scythie, parmi lesquels finirent son exil et sa vie. Mais nous devons vivre pour l’édification et l’appui des fidèles, et nous ne sommes pas réduits à compromettre notre sûreté dans un combat. Quelque incapable que vous soyez de défendre votre ville de Rome, sa situation sur le bord de la mer peut lui faire craindre vos déprédations ; mais nous pouvons nous retirer à vingt-quatre stades[1], dans la première forteresse des Lombards,

  1. Εικοσι τεσσαρα ςαδια θποχωρησει ο Αρχιερευς Ρομης εις