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nouveau par le génie et la fortune des papes. On convient qu’au huitième siècle ils fondèrent leur domination sur la révolte, et que l’hérésie des iconoclastes produisit et justifia la rebellion ; mais la conduite de Grégoire II et de Grégoire III, durant cette lutte mémorable, est interprétée diversement par leurs amis et par leurs ennemis. Les écrivains byzantins déclarent d’une voix unanime, qu’après un avertissement inutile, les papes prononcèrent la séparation de l’Orient et de l’Occident, et privèrent le sacrilége empereur du revenu et de la souveraineté de l’Italie. Les Grecs, témoins du triomphe des papes, parlent de cette excommunication d’une manière encore plus claire ; et comme ils sont plus attachés à leur religion qu’a leur pays, ils louent, au lieu de les blâmer, le zèle et l’orthodoxie de ces hommes apostoliques[1]. Les auteurs qui ont défendu la cour de Rome dans les temps modernes, se montrent fort empressés à faire valoir l’éloge et le fait ; les cardinaux Baronius et Bellarmin célèbrent ce grand exemple de la déposition des rois hérétiques[2] ; et si on leur demande pourquoi on

  1. Και την Ρωμην συν πασῃ Ιταλια της βασιλειας αυτο‍υ απεςησε, dit Théophane (Chronograph., p. 343). C’est pour cela que Grégoire est appelé par Cedrenus ανηρ αποςλικος (p. 550). Zonare spécifie cette foudre de αναθηματι συνοδικω (t. II, l. XV, p. 104, 105). Il faut observer que les Grecs sont disposés à confondre les règnes et les actions des deux Grégoire.
  2. Voyez Baronius (Annal. ecclés., A. D. 730, nos 4, 5) : dignum exemplum ! (Bellarmin, De rom. pontifice, l. V, c. 8.) :