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jusqu’à quel point les moines s’étaient attiré les maux réels ou prétendus dont ils se plaignaient, ni combien ils ont exagéré leurs souffrances, ni quel est le nombre de ceux qui perdirent la vie ou quelques-uns de leurs membres, les yeux ou la barbe, par la cruauté de l’empereur. Après avoir châtié les individus, il s’occupa de l’abolition de leurs ordres ; leurs richesses et leur inutilité purent donner à son ressentiment l’aiguillon de l’avarice et l’excuse du patriotisme. La mission et le nom redoutable de Dragon[1], son visiteur général, en fit, pour toute la nation enfroquée, un objet d’horreur et d’effroi. Les communautés religieuses furent dissoutes, les édifices furent convertis en magasins ou en baraques ; on confisqua les terres, les meubles et les troupeaux ; et des exemples modernes nous autorisent à penser que non-seulement les reliques, mais les bibliothéques, purent devenir la proie de ce brigandage, qu’excita la licence ou le plaisir de nuire. En proscrivant l’habit et l’état de moine, on proscrivit avec la même rigueur le culte public et privé des images ; et il semblerait qu’on exigea des sujets, ou du moins

    que dans d’autres ouvrages qui n’existent plus, Jean donna à Constantin les titres νεον Μωαμεθ, Χριςομαχον, μιςαγιον (t. I, p. 306).

  1. Spanheim (p. 235-238), qui raconte cette persécution d’après Théophane et Cedrenus, se plaît à comparer le draco de Léon avec les dragons (dracones) de Louis XIV, et tire une grande consolation de ce jeu de mots.