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des vengeances sanguinaires. La persécution des images fut le motif ou le prétexte de ses adversaires, et s’ils manquèrent un diadème temporel, ils reçurent des Grecs la couronne du martyre. Dans toutes les entreprises qui furent formées contre lui, soit en secret, soit à découvert, l’empereur éprouva l’implacable inimitié des moines, fidèles esclaves de la superstition à laquelle ils devaient leurs richesses et leur influence. Ils priaient, prêchaient et donnaient des absolutions ; ils échauffaient le peuple et conspiraient : un torrent d’invectives sortit de la solitude de la Palestine ; et la plume de saint Jean Damascène[1], le dernier des pères grecs, proscrivit la tête du tyran dans ce monde et dans l’autre[2]. Je n’ai pas le loisir d’examiner

  1. Jean ou Mansur était un noble chrétien de Damas, qui avait un emploi considérable au service du calife. Son zèle dans la cause des images l’exposa au ressentiment et à la perfidie de l’empereur grec ; sur le soupçon d’une correspondance criminelle, on lui coupa la main droite, qui lui fut rendue par l’intervention miraculeuse de la sainte Vierge. Il résigna ensuite son emploi, distribua ses richesses, et alla se cacher dans le monastère de Saint-Sabas, situé entre Jérusalem et la mer Morte. La légende est fameuse ; mais malheureusement le père Lequien, son savant éditeur, a prouvé que saint Jean Damascène avait pris l’habit monastique avant la dispute des iconoclastes. (Opera, t. I, vita S. Johannis Damascen., p. 10-13, et Notas ad loc.)
  2. Après avoir donné Léon au diable, il fait parler son héritier, το μιαρον αντο‍υ γεννημα, και της κακιας αντο‍υ κληρονομος εν διπλω γενομενος. (Opera Damascen., t. I, p. 625.) Si l’authenticité de cette pièce est suspecte, nous sommes sûrs