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l’emporta sur le respect pour l’antiquité, et l’Europe, dans sa vigueur, osa dédaigner les fantômes devant lesquels tremblait la faiblesse efféminée des Grecs avilis.

Persécution des images et des moines. A. D. 726-775.

Le peuple ne connaît le scandale d’une hérésie, sur des questions abstraites, que par le bruit de la trompette ecclésiastique ; mais les plus ignorans peuvent apercevoir, les plus glacés doivent ressentir la profanation et la chute de leurs divinités visibles. Les premières hostilités de Léon se portèrent sur un crucifix placé dans le vestibule et au-dessus de la porte du palais. On allait l’abattre ; mais l’échelle dressée pour y atteindre fut renversée avec fureur par une troupe de fanatiques et de femmes. La multitude vit avec un pieux transport les ministres du sacrilége, précipités du haut de l’échelle, tomber et se briser sur le pavé ; ceux qui s’étaient rendus coupables de cette action ayant été justement punis pour crime de meurtre et de rebellion, leur parti prostitua en leur faveur les honneurs accordés aux anciens martyrs[1]. L’exécution des édits de l’empereur entraîna de fréquentes émeutes à Constantinople et dans les provinces : la personne de Léon fut en danger ; on massacra ses officiers, et il fallut employer toute la force de l’autorité civile et de la puissance

  1. Le saint confesseur Théophane donne des éloges au principe de leur rebellion θειω κινο‍υμενοι ζηλω (p. 339). Grégoire II (in epist. I, ad imp. Leon, Concil., t. VIII, p. 661-664) applaudit au zèle des femmes de Byzance, qui tuèrent les officiers de l’empereur.