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mais les reproches des musulmans triomphans, qui régnaient à Damas et menaçaient Constantinople, avaient tout le poids que peuvent donner la vérité et la victoire. Les villes de la Syrie, de la Palestine et de l’Égypte étaient munies d’images de Jésus-Christ, de sa mère et des saints, et chacune de ces places avait l’espoir, ou comptait avoir la promesse d’être défendue d’une manière miraculeuse. Les Arabes subjuguèrent en dix années ces villes et leurs images ; et, selon leur opinion, le Dieu des armées prononça un jugement décisif sur le mépris que devaient inspirer ces idoles muettes et inanimées[1]. Édesse avait résisté long-temps aux attaques du roi de Perse ; mais cette ville de prédilection, l’épouse de Jésus-Christ, se trouva enveloppée dans la ruine commune, et l’empreinte du visage du Sauveur du monde devint un des trophées de la victoire des infidèles. Après trois siècles de servitude, le palladium fut rendu à la dévotion de Constantinople, qui, pour l’obtenir, paya douze mille livres d’argent, remit en liberté deux cents musulmans, et promit de s’abstenir à jamais de tout acte d’hostilité contre le ter-

  1. Jezid, neuvième calife de la race des Omniades, fit détruire toutes les images de la Syrie vers l’année 719 : aussi les orthodoxes reprochèrent-ils aux sectaires de suivre l’exemple des Sarrasins et des Hébreux. (Fragm. mon. Johan. Jerosolymit. script. Byz., t. XVI, p. 235 ; Hist. des Répub. ital., par M. Sismondi, l. I, p. 126). (Note de l’Éditeur.)