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adorer la puissance créatrice de l’artiste. Quelques gnostiques qui venaient d’embrasser la religion chrétienne, accordèrent peut-être aux statues de Jésus-Christ et de saint Paul, dans les premiers momens d’une conversion mal assurée, les profanes honneurs qu’ils avaient rendus à celles d’Aristote et de Pythagore[1] ; mais la religion publique des catholiques fut toujours uniformément simple et spirituelle, et il est question des images pour la première fois dans la censure du concile d’Illibéris, trois cents ans après l’ère chrétienne. Sous les successeurs de Constantin, dans la paix et l’abondance dont jouissait l’Église triomphante, les plus sages d’entre les évêques crurent devoir, en faveur de la multitude, autoriser une sorte de culte capable de frapper les sens ; depuis la ruine du paganisme, ils ne craignaient plus un parallèle odieux. Ce fut par les hommages rendus à la croix et aux reliques que commença à s’introduire ce culte symbolique. On plaçait à la droite de Dieu les saints et les martyrs dont on implorait les secours ; et la foi du peuple aux faveurs bienfaisantes et souvent miraculeuses qui se répandaient autour de leur tombeau, était affermie par cette foule de dévots pèlerins, qui allaient voir, toucher et baiser la dépouille inanimée qui rappelait leur

  1. Voyez saint Irénée, saint Épiphane et saint Augustin (Basnage, Hist. des Églises réformées, t. II, p. 1313). Cette pratique des gnostiques a un singulier rapport avec le culte secret qu’avait adopté Alexandre-Sévère. (Lampride, c. 29 ; Lardner, Heathen Testimonies, vol. III, p. 34.)