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sa mère lui imposa la funeste obligation de se défaire de leurs amis qui devaient haïr l’assassin et qui pouvaient le punir ; et l’habitude du meurtre lui ôta la volonté ou le pouvoir de pardonner. L’horrible tableau du nombre des victimes qu’il sacrifia par le poison ou par le glaive, qu’il fit jeter dans la mer ou dans les flammes, donnerait une idée moins frappante de sa cruauté que la dénomination de jours de l’halcyon (jours tranquilles), appliquée à l’espace, bien rare dans son règne, d’une semaine où il se reposa de verser du sang. Il tâcha de rejeter sur les lois ou sur les juges une partie de ses crimes ; mais il avait laissé tomber le masque, et ses sujets ne pouvaient plus se méprendre sur l’auteur de leurs calamités. Les plus nobles d’entre les Grecs, et en particulier ceux qui par leur extraction ou leur alliance pouvaient former des prétentions à l’héritage des Comnène, se sauvèrent de l’antre du monstre ; ils se réfugièrent à Nicée ou à Pruse, en Sicile ou dans l’île de Chypre ; et leur évasion passant déjà pour criminelle, ils aggravèrent leur délit en arborant l’étendard de la révolte et en prenant le titre d’empereurs. Toutefois Andronic échappa au poignard et au glaive de ses plus redoutables ennemis ; il réduisit et châtia les villes de Nicée et de Pruse ; le sac de Thessalonique suffit pour réduire les Siciliens à l’obéissance ; et si ceux des rebelles qui avaient gagné l’île de Chypre se trouvèrent hors de la portée des coups de l’empereur, cette distance ne fut pas moins utile à Andronic. Ce fut par un rival sans mérite et un