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tance ; mais comme ils l’examinaient dans l’attitude de la prière, ils entendirent ou crurent entendre sortir de ses lèvres des paroles de triomphe et de ressentiment : « Je ne te crains plus, mon vieil ennemi, toi qui m’as poursuivi comme un vagabond dans toutes les contrées de la terre. Te voilà déposé en sûreté sous les sept enceintes d’un dôme d’où tu ne pourras sortir qu’au son de la trompette du dernier jour. C’est maintenant mon tour, et je vais fouler aux pieds tes cendres et ta postérité. » La tyrannie qu’il exerça par la suite permet bien de croire que ce furent là les sentimens que dut lui inspirer un tel moment ; mais il n’est pas très-vraisemblable qu’il ait articulé ses pensées secrètes. Dans les premiers mois de son administration, il couvrit ses desseins d’un masque d’hypocrisie qui ne pouvait tromper que la multitude. Le couronnement d’Alexis se fit avec l’appareil accoutumé, et son perfide tuteur, tenant en ses mains le corps et le sang de Jésus-Christ, déclara qu’il vivrait et qu’il était prêt à mourir pour son bien-aimé pupille. Sur ces entrefaites, on recommandait à ses nombreux partisans de soutenir que l’empire qui s’écroulait ne pouvait manquer de périr sous l’administration d’un enfant ; qu’un prince expérimenté, audacieux à la guerre, habile dans la science du gouvernement et instruit par les vicissitudes de la fortune dans l’art de régner, pouvait seul sauver l’état, et que tous les citoyens devaient forcer le modeste Andronic à se charger du fardeau de la couronne. Le jeune empereur fut obligé