Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/240

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Comnène à conspirer contre la vie de son frère ; et son projet ayant manqué par les craintes et les scrupules de son mari, elle s’écria en colère que la nature avait confondu les sexes, et avait donné à Bryennius l’âme d’une femme. Jean et Isaac, fils d’Alexis, conservèrent entre eux cette amitié fraternelle, vertu héréditaire dans leur famille ; et le cadet se contenta du titre de sebastocrator, c’est-à-dire d’une dignité presque égale à celle de l’empereur, mais sans pouvoir. Les droits de la primogéniture se trouvaient heureusement unis à ceux du mérite ; le teint basané du nouvel empereur, la dureté de ses traits et la petitesse de sa taille lui valurent le surnom ironique de Calo Joannes, ou de Jean-le-Beau, que ses sujets reconnaissans accordèrent ensuite d’une manière plus sérieuse aux beautés de son esprit. Après la découverte de son complot, Anne devait perdre sa fortune et la vie. La clémence de l’empereur épargna ses jours ; mais, après avoir examiné par ses yeux le faste et les trésors étalés dans son palais, il disposa de cette riche dépouille en faveur du plus digne de ses amis. Cet ami respectable, Axuch, esclave turc d’origine, eut l’âme assez grande pour refuser un semblable présent, et intercéder en faveur de celle qu’on voulait punir. Son maître généreux, touché de la vertu de son favori, suivit un si bel exemple ; et les reproches ou les plaintes d’un frère offensé furent le seul châtiment de la coupable princesse. De ce moment, il n’y eut plus sous son règne ni conspiration ni révolte : redouté des nobles et chéri du