Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/235

Cette page a été validée par deux contributeurs.


quelle que soit la manière dont ils furent traités par une cour timide et cruelle, ils applaudirent à la clémence et au courage de leur vainqueur. Cependant la crainte et le soupçon s’attachèrent bientôt à la fidélité des Comnène, et il n’est pas facile de régler entre un sujet et un despote la dette de reconnaissance que le premier est prêt à réclamer par une révolte, et dont le second est tenté de se débarrasser au moyen d’un bourreau. Alexis ayant refusé de marcher contre un quatrième rebelle, mari de sa sœur, ce refus effaça le mérite ou même le souvenir de ses services. Les favoris de Botaniate provoquèrent par leurs accusations l’ambition qu’ils redoutaient, et la retraite des deux frères put avoir pour excuse la nécessité de défendre leur vie et leur liberté. Les femmes de cette famille furent placées dans un asile respecté par les tyrans ; les hommes montèrent à cheval, sortirent de la ville et arborèrent l’étendard de la révolte ; les soldats, qui s’étaient rassemblés peu à peu dans la capitale et les environs, étaient dévoués à la cause d’un chef victorieux et outragé : des intérêts communs et des alliances lui attachaient la maison de Ducas. Les deux Comnène se renvoyaient mutuellement le trône, et cette dispute généreuse se termina par la résolution d’Isaac, qui revêtit son frère cadet du nom et des emblèmes de la royauté. Ils revinrent sous les murs de Constantinople, pour menacer plutôt que pour assiéger cette ville imprenable ; mais ils corrompirent la fidélité des gardes, et surprirent une porte, tandis que la flotte était