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innocence ; mais Zoé justifia bientôt cette maxime romaine, que toute femme adultère est capable d’empoisonner son mari : la mort de Romain fut, au grand scandale de l’empire, suivie immédiatement du mariage de Zoé et de l’élévation de son amant au trône sous le nom de Michel IV. [Michel IV, le Paphlagonien. A. D. 1034. Avril 11.]Les espérances de Zoé furent cependant trompées ; au lieu d’un amant plein de vigueur et de reconnaissance, elle n’avait placé dans son lit qu’un misérable valétudinaire dont la santé et la raison étaient affaiblies par des accès d’épilepsie, et dont la conscience était déchirée par le désespoir et le remords. On appela au secours de Michel les plus habiles médecins du corps et de l’âme. On amusa son inquiétude par de fréquens voyages aux eaux et sur les tombeaux des saints les plus en vogue. Les moines applaudissaient à ses mortifications, et, la restitution exceptée (mais à qui aurait-il restitué ?), il employa tous les moyens qu’il croyait alors propres à expier son crime. Tandis qu’il gémissait et priait sous le sac et la cendre, son frère, l’eunuque Jean, s’amusait de ses remords, et recueillait les suites d’un forfait dont il avait été en secret le plus coupable auteur. Il n’eut dans son administration d’autre objet que de satisfaire son avarice ; et Zoé fut traitée en captive dans le palais de ses pères et par ses esclaves. L’eunuque s’apercevant que la maladie de son frère était sans remède, s’occupa de la fortune de son neveu, qui portait aussi le nom de Michel et qu’on surnomma Calaphate, d’après le métier de son père, qui travaillait à la carène des vais-