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elle accusa son amant d’ingratitude, s’emporta aux injures et aux coups contre son fils Bazile, qui demeurait dans le silence et la soumission en présence d’un collègue supérieur à lui ; et avouant ses prostitutions, elle déclara qu’il était le fruit d’un adultère. L’exil de cette femme audacieuse, la punition de quelques-uns de ses plus obscurs complices, satisfirent à l’indignation publique. On pardonna à Zimiscès la mort d’un prince détesté du peuple, et l’éclat de ses vertus fit oublier son crime. Sa profusion fut peut-être moins utile à l’état que l’avarice de Nicéphore ; mais la douceur et la générosité de son caractère charmèrent tous ceux qui l’approchaient, et il ne marcha sur les traces de son prédécesseur que dans le chemin de la victoire. Il passa dans les camps la plus grande partie de son règne ; il signala sa valeur personnelle et son activité sur le Danube et sur le Tigre, jadis les limites de l’Empire romain ; et en triomphant des Russes et des Sarrasins, il mérita les noms de sauveur de l’empire et de vainqueur de l’Orient. Lorsqu’il revint de la Syrie pour la dernière fois, il observa que les eunuques possédaient les terres les plus fertiles de ses nouvelles provinces. « Est-ce donc pour eux, s’écria-t-il avec une vertueuse indignation, que nous avons livré des batailles et fait des conquêtes ? Est-ce pour eux que nous versons notre sang et que nous épuisons les trésors du peuple ? » Ces plaintes retentirent jusqu’au fond du palais, et la mort de Zimiscès offrit de forts indices de poison.