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père, était sans doute déjà perdu dans l’estime publique ; mais il était plus faible que méchant, et on attribuait la plus grande part de ce crime à sa femme Théophano, d’une basse origine, d’un esprit audacieux, et de mœurs très-corrompues. Le sentiment de la gloire personnelle et du bonheur public, ces vrais plaisirs de la royauté, étaient inconnus au fils de Constantin ; et tandis que les deux frères, Nicéphore et Léon, triomphaient des Sarrasins, il consumait dans une infatigable oisiveté ces journées qu’il devait à son peuple. Le matin, il se rendait au Cirque ; à midi il recevait à sa table les sénateurs ; il passait la plus grande partie de son après-dînée dans le Sphœristerium ou jeu de paume, le seul théâtre de ses victoires. Passant ensuite sur la rive asiatique du Bosphore, il y poursuivait et tuait quatre sangliers de la plus forte taille ; puis revenait dans son palais, fier et content de ses travaux de la journée. Sa force et sa beauté le faisaient remarquer parmi les hommes de son âge : sa taille était droite et élevée comme un jeune cyprès, son teint blanc et animé, ses yeux très-vifs, ses épaules larges et son nez long et aquilin. Tant d’avantages ne purent cependant fixer l’amour de Théophano, et après un règne de quatre ans, elle donna à son mari un breuvage pareil à celui qu’elle avait préparé pour son père.

Nicéphore II, Phocas. A. D. 963. Août 6.

De son mariage avec cette femme impie, Romain avait eu deux fils, qui parvinrent au trône sous le nom de Basile II et de Constantin IX, et deux filles qui portèrent les noms d’Anne et de Théophano.