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de vivre, il n’eut plus besoin ou ne fit plus de cas de l’opinion des hommes.

Léon VI, le Philosophe. A. D. 886. Mars Ier.

Des quatre fils de l’empereur, Constantin mourut avant lui. Il permit en cette occasion à sa douleur et à sa crédulité de se laisser amuser par les flatteries d’un imposteur et une apparition fantastique. Étienne, le plus jeune, se contenta des honneurs de patriarche et de saint ; Léon et Alexandre furent l’un et l’autre revêtus de la pourpre ; mais l’aîné exerça seul les pouvoirs du gouvernement. Léon VI a obtenu le glorieux surnom de Philosophe ; la réunion des qualités du prince et de celles du sage, des vertus actives et des vertus spéculatives ont sans doute contribué à la perfection de la nature humaine ; mais Léon fut bien loin de pouvoir prétendre à cette perfection idéale. En effet, vint-il à bout de soumettre ses passions et ses désirs à l’empire de la raison ? Il passa sa vie au milieu de la pompe du palais, dans la société de ses femmes et de ses concubines ; et on ne peut même attribuer qu’à la douceur et à l’indolence de son caractère la clémence qu’il montra et la paix qu’il s’efforça de maintenir. Oserait-on assurer qu’il triompha de ses préjugés et de ceux de ses sujets ? La superstition la plus puérile souilla son esprit ; il consacra par ses lois l’influence du clergé et les erreurs du peuple ; et ces oracles où il révéla en style prophétique les destinées de l’empire, ne sont fondées que sur l’astrologie et la divination. Si on examine d’où lui vient ce surnom de Philosophe, on trouve qu’il fut moins ignorant que la plus grande