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Théophile infligea des peines tardives aux assassins de Léon et aux libérateurs de son père, sans cesser de jouir du fruit de leur crime, et sa tyrannie jalouse immola le mari de sa sœur à sa propre sûreté. Un Persan de la race des Sassanides était mort à Constantinople dans la pauvreté et l’exil, laissant un fils unique qu’il avait eu de son mariage avec une plébéienne. Ce fils, nommé Théophobe, était âgé de douze ans lorsqu’on connut le secret de sa naissance, et son mérite n’était pas indigne de son extraction. Il fut élevé dans le palais de Byzance, et y reçut l’éducation d’un chrétien et d’un soldat ; il fit des progrès rapides dans la carrière de la fortune et de la gloire ; il épousa la sœur de l’empereur, et obtint le commandement de trente mille Perses qui, ainsi que son père, avaient quitté leur pays pour échapper aux musulmans. Ces trente mille guerriers, unissant les vices des fanatiques à ceux des troupes mercenaires, voulurent se révolter contre leur bienfaiteur, et arborer l’étendard du prince leur compatriote ; mais le fidèle Théophobe rejeta leur proposition, déconcerta leurs projets, et se réfugia dans le camp ou dans le palais de son beau-frère. L’empereur, en lui accordant une généreuse confiance, se serait ménagé un habile et fidèle tuteur pour sa femme et pour le fils encore enfant, que Théophile à la fleur de l’âge laissa pour héritier de son empire. Ses maux corporels et son caractère envieux augmentèrent ses inquiétudes ; il craignit des vertus qui pouvaient devenir dangereuses à leur