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élevé à une telle hauteur, qu’il privait d’air et de jour son humble habitation. La chose prouvée, au lieu de lui accorder comme l’eût fait un juge ordinaire, des dommages suffisans ou même des dommages considérables, il lui adjugea le palais et le terrain. Il ne fut pas même satisfait de cet arrêt extravagant ; il fit d’une affaire civile une action criminelle, et l’infortuné patricien fut battu de verges dans la place publique de Constantinople. Pour des fautes légères, pour un défaut d’équité ou de vigilance, ses principaux ministres, un préfet, un questeur, un capitaine des gardes, étaient bannis, mutilés, échaudés avec de la poix bouillante ou brûlés vifs dans l’Hippodrome. Ces terribles décrets, dictés vraisemblablement par l’erreur et le caprice, durent aliéner l’affection des meilleurs et des plus sages citoyens ; mais l’orgueil du monarque se complaisait dans ces actes de pouvoir qu’il regardait comme des actes de vertu ; et le peuple, tranquille dans son obscurité, applaudissait au danger et à l’humiliation de ses supérieurs. Cette rigueur extrême fut à la vérité justifiée, à quelques égards, par des effets bien salutaires, puisque, après une recherche de dix-sept jours, on ne trouva pas, soit à la cour ou dans la capitale, un seul sujet de plainte, ni un abus à dénoncer. On doit peut-être avouer que les Grecs avaient besoin d’être menés avec un sceptre de fer, et que l’intérêt public est le motif et la loi du suprême magistrat ; mais dans le jugement du crime de lèse-majesté, ce juge est plus qu’un autre crédule ou partial.