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corporelle du Fils de Dieu. Les Juifs exercèrent en vain leur rage sur un fantôme impassible, et les scènes mystiques de la passion et de la mort, de la résurrection et de l’ascension de Jésus-Christ, furent représentées sur le théâtre de Jérusalem pour l’avantage du genre humain. Si l’on représentait aux docètes qu’une pareille farce, qu’une supercherie si continuelle, étaient indignes du Dieu de vérité, ils se justifiaient par la doctrine des fraudes pieuses, reçue chez un si grand nombre de leurs frères orthodoxes. Dans le système des gnostiques, le Jehovah d’Israël, le Créateur de ce monde sublunaire, fut un esprit rebelle ou du moins ignorant. Le Fils de Dieu est venu sur la terre pour abolir le temple et la loi de Jehovah ; et pour arriver à ce but salutaire, il s’est habilement emparé des espérances et des prédictions d’un messie temporel.

Son corps incorruptible.

L’un des champions les plus subtils de l’école manichéenne a fait valoir le danger et l’indécence d’une supposition d’après laquelle le Dieu des chrétiens, d’abord sous la forme d’un fœtus, serait sorti du sein d’une femme après neuf mois de grossesse. La pieuse horreur qu’excita sa proposition parmi ses adversaires, les porta à désavouer toutes les circonstances charnelles de la conception et de l’accouchement, à soutenir que la Divinité avait pénétré dans le sein de Marie comme un rayon du soleil à travers une glace, et que sa virginité demeura intacte même au moment où elle devint mère de Jésus-Christ. Mais la témérité de ces assertions a fait naître un sentiment plus mo-