Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/188

Cette page a été validée par deux contributeurs.


voir comme une faveur une mince portion de l’empire qu’il avait donné à son égal ; et son mécontentement, après s’être exhalé quelque temps en paroles indiscrètes, se prononça enfin d’une manière plus menaçante contre un prince qu’il représentait comme un tyran cruel. Toutefois ce tyran découvrit à diverses reprises les projets de son ancien compagnon d’armes, l’avertit, lui pardonna jusqu’à ce qu’enfin la crainte et le ressentiment l’emportèrent sur la reconnaissance. Après un examen approfondi des actions et des desseins de Michel, il fut convaincu du crime de lèse-majesté, et condamné à être brûlé vif dans le fourneau des bains privés. La pieuse humanité de l’impératrice Théophano devint fatale à son mari et à sa famille ; l’exécution avait été fixée au 25 décembre, elle représenta que ce spectacle inhumain souillerait l’anniversaire de la naissance de Jésus-Christ, et Léon accorda, avec répugnance, un sursis qui lui paraissait convenable ; mais la veille de Noël, les inquiétudes de l’empereur le déterminèrent à aller, au milieu du silence de la nuit, dans la chambre où Michel était détenu : il le trouva débarrassé de ses chaînes et dormant d’un profond sommeil sur le lit de son geôlier ; cet indice de sécurité et d’intelligence avec les hommes qui répondaient de sa personne, alarma Léon ; il se retira sans faire du bruit ; mais un esclave caché dans un coin de la prison le vit entrer et sortir. Sous le prétexte de demander un confesseur, Michel informa les conjurés que leurs jours dépendaient désormais de sa