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cipaux officiers. La prophétie lui apprit de plus, à ce qu’on assure, que les deux premiers régneraient l’un après l’autre, et que le troisième formerait une entreprise infructueuse qui lui deviendrait fatale. L’événement vérifia cette prédiction ou plus probablement y donna lieu. Dix années après, à l’époque où les troupes de la Thrace déposèrent le mari de Procopia, on offrit la couronne à Léon, le premier en grade dans l’armée et l’auteur secret de la révolte. Comme il feignait d’hésiter, Michel, son camarade, lui dit : « Ce glaive ouvrira les portes de Constantinople et mettra la capitale sous votre empire, ou je le plongerai dans votre sein si vous vous refusez aux justes désirs de vos frères d’armes. » L’Arménien consentit à accepter la pourpre, et régna sept ans et demi sous le nom de Léon V. Élevé dans les camps, et ne connaissant ni les lois ni les lettres, il introduisit dans le gouvernement civil la rigueur et même la cruauté de la discipline militaire ; mais si sa sévérité fut quelquefois dangereuse pour les innocens, elle fut du moins toujours terrible aux coupables. Son inconstance en matière de religion lui a mérité l’épithète de caméléon ; mais les catholiques, en la personne d’un saint confesseur, ont avoué que la vie de l’iconoclaste avait été utile à l’état. Le zèle de Michel fut payé par des richesses, des honneurs et des commandemens militaires ; et l’empereur sut employer d’une manière avantageuse pour le service public, des talens faits seulement pour le second rang ; mais le Phrygien ne fut pas satisfait de rece-